Things are not what they seem to be.
MIL.OA. Ce projet de dingue qui est passé pour l'idée d'un fou à son origine a été construit par Jess Cameron. Un visionnaire et mystérieux bonhomme qui mène son équipe d'une poigne de fer.
Cette structure qui semble parfois dotée d'une conscience a donc un dirigeant, ses adjoints, sa police, ses lois, ses corps de métier, son hôpital, son école, son collège et son lycée et même ses lieux de culte. Tout cela pour prendre soin de ses habitants, ses citoyens de la naissance à la mort.
MIL cache derrière ses rideaux et ses light show un terrible secret. Sauras-tu le découvrir ?
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◘ Traquez les indices qui vous mèneront sur la piste d'I.L.R.P. en restant aux aguêts des rumeurs de MIL.OA.!
◘ Laissez-vous séduire par l'éventail de plaisirs auditifs que vous offre le festival en allant faire un tour du côté des Stages.
◘ Découvrez la vie quotidienne de nos festivaliers, émaillée de suspens, d'amour et de désillusions. Passions, amitiés se tissent dans une ambiance survoltée.
Evénements
◘ MIL.OA est actuellement installé en Allemagne, à Francfort.
◘ Les concerts ont débuté depuis le 7 août !
◘ Une mystérieuse organisation fait pression depuis des mois sur certains musiciens.
◘ Des événements étranges se produisent quelques jours avant le début du festival.
◘Jess Cameron, son créateur, est dans la tourmente après les révélations de son meilleur ami.
◘ Qui est cette jeune femme inconnue qu'il a pourtant l'impression de connaître ?
MIL.OA.
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 [flash-back, Hong Kong, JUNE 18, 2044] You saved her life, then you become her guardian angel part II(pv Mai-Lin)

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Olve Borg
You saved her life, then you become her guardian angel
part II
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But a bleak recollection
Of something undone

A banished, vanished presence
Of the unspeakable secretive kind
The uttermost shame is its essence
The septic transforms the shell-shocked and blind
A nightmare released
A terrible disease
Lurking behind a thin wall of sleep
The jail-bars of a stigmatized keep

Across the crumbling layers
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The cracks are beginning to show

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But look into the deep and weep
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(Arcturus → Hibernation Sickness Complete )
Hong Kong et ses buildings, ses rues encombrées, sa pollution, sa surpopulation. Une autre ville cosmopolite. Je m'extirpai du canapé de la suite que nous avions réservé dans ce grand hôtel. Kashee s'était endormie, roulée en boule contre moi après une nuit de fête mémorable pour célébrer notre nouvel album. Nous devions nous envoler dans la soirée pour le Japon. J'avais toujours cette petite boule nerveuse au fond de la gorge quand je la regardais dormir. A quoi, à qui rêvait-elle ainsi sans défense, blottie contre mon corps, comme une petite fille innocente qui ne voyait en moi qu'un grand frère protecteur ? Son fameux guitariste, ou ce chanteur, Damian avec lequell elle avait accépté un duo en voix claire. Ces deux mecs étaient infiniment plus sexy que moi à ses yeux, et sans doute aux yeux de toutes les femmes de la planète.

Je me dirigeai vers la grande baie vitrée qui offrait une vue imprenable sur la mégapole et me frottai les yeux pour me réveiller. J'aurai donné cher pour avoir immédiatement un café dans la main mais faute de mieux, je me rabattis sur mon paquet de clopes et en allumai une. J'entendis un bruit de gorge et je vis notre bassiste dégueuler dans la corbeille à papiers. Ce mec n'avait jamais su tenir l'alcool et cette nuit nous avions particulièrement dévalisé le stock de bouteilles de la suite. De plus en plus souvent cette vie de fiesta permanente entre deux concerts ou deux journées en studio me pesait. J'en avais marre de me réveiller la tête à l'envers, ne sachant plus où je me trouvais. Marre de devoir remettre en ordre les morceaux de puzzle de la journée et de la soirée précédente. Depuis deux ans j'étais vraiment passé à la vitesse supérieure niveau conneries de ce genre et je savais très bien que ce n'était qu'une fuite en avant. Kashee elle-même l'avait remarqué, elle qui n'était pas la dernière à abuser de tous les travers de la vie de rock star, elle qui n'avait  rien à envier à la plupart d'entre nous niveau descente. Elle avait été la première à me dire qu'à ce train-là, la cirrhose me guettait dans les cinq ans à venir. Je savais qu'elle n’exagérait pas. Elle savait de quoi elle parlait. Elle avait vu son père se détruire de cette façon.

Elle savait aussi ce qui me minait depuis deux ans et plus au delà de tous mes autres démons, mais ce qu'elle ignorait, c'était peut-être le pire, parce que je ne pouvais pas lui en parler. Mes disparitions inexpliquées, mes voyages sans aucune justification. Tout ça pour vivre dans l'ombre et observer caché la vie d'une autre, la vie qui recommençait doucement, la vie arrachée à la mort. La vie de Mai-Lin Asheito. Comment aurais-je pu lui dire que je devais faire ça, que je devais m'assurer qu'elle allait bien ? Elle aurait probablement pensé que j'étais fasciné par cette fille, amoureux d'un amour tordu et malsain marqué par la mort. Ce pacte était exclusif, un pacte de vie et de mort entre ceux qui avaient redonné vie à Mai-Lin et moi. Un pacte sans concession. Ma vie contre cette damnation et peut-être la vie de ceux que j'aimais. Subashei avait été sans équivoque sur les conséquences en cas de refus de ma part.

Au début, j'avais vécu ce pacte comme une contrainte absolue, qui régentait ma vie, mais au fil de mes voyages d'observation, tandis que j'épiais les premiers pas de Mai-Lin dans sa nouvelle vie, je m'étais surpris à éprouver de la compassion pour cet être innocent et irresponsable jetée en pâture aux dures réalités de la vie. Une vie recomposée sur les ruines d'une existence avortée, reconstruite avec des fragments d'une autre. Je l'avais vu de loin se débattre avec ses fantômes, ses angoisses, ses hallucinations. Au début j'en étais malade, certain, convaincu que j'étais dans le vrai quand je disais à cet enfoiré d'I.L.R.P. que toutes les vies ne valaient pas la peine d'être vécues. Au début, Mai-Lin ne me paraissait être qu'un petit oiseau qui se heurtait aux barreaux invisibles d'une prison de cristal. Etre complice de ceux qui lui infligeaient ça me donnait envie de gerber. Puis au fil du temps, je l'ai vu reprendre le cours de sa vie d'avant. J'ai appris à la connaître en veillant sur elle, de loin, toujours dans l'ombre. Entre Hong Kong et Berlin, je l'ai suivie dans sa reconstruction, témoin de sa renaissance, toujours prêt à intervenir si besoin. Mais jusqu'à présent, je n'avais pas eu à le faire et je priais tout ce qu'un mécréant pouvait prier pour ne jamais avoir à le faire.

Aujourd'hui, malheureusement, serait le jour de vérité. Celui où je devrais sortir de l'ombre. Tôt ou tard nos chemins se recroiseraient lors de la tournée MIL.OA car Cinematic Dolls y participait et Mai-Lin avait été embauchée par le directeur du festival. Pour des raisons que j'ignorais, I.L.R.P. ne voulait pas que cette première confrontation se déroule sur le lieu du festochel. Je devais donc provoquer une rencontre avant de risquer de l'y croiser. J'ignorais à quel point l'organisation qui me tenait était puissante mais j'avais pu constater qu'il leur avait été facile d'organiser une tournée en Asie pour mon groupe. Tous frais payés. Notre manager n'avait pu que se frotter les mains et tout le groupe avait été emballé à cette perspective. De fait tout se déroulait bien et les fans étaient au rendez-vous. Nous étions en train de conquérir un nouveau marché, de nouveaux fans. Kashee était sur un petit nuage, la seule ombre au tableau étant les excès que je m'infligeais.

Tandis que je passais sous la douche, je me demandais quelle part jouait le pacte que j'avais passé dans notre notoriété accrue. Et si tout n'était qu'un jeu machiavélique, une partie de dés pipés ? Je m'habillai rapidement avant que mes compagnons de tournée n'émergent de leur vapeurs alcoolisées et claquai la porte de la suite pour me rendre dans le petit bar à sushis où Mai-Lin travaillait actuellement. Je savais où elle habitait, chez ses parents, je connaissais ses habitudes. Grâce à mes longs moments de filature et aux bons soins de Subashei et sa clique qui m'avaient fourni un dossier complet sur leur "sujet". Me frayant un chemin sur les trottoirs surpeuplés du centre-ville, j'arrivai finalement à l'adresse. Je poussai la porte du bar et la vis derrière le comptoir en train de recharger la machine à café. Je m'assis sur un tabouret. Je passai ma commande en prenant garde de ne pas trop la dévisager.

- Bonjour, un expresso bien serré, s'il vous plaît.

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Mai-Lin Asheito
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Hibernation Sickness Complete
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Comme un automate, derrière mon comptoir, je refais chaque matin ces gestes matinaux. Servir les clients, essuyer les verres, nettoyer les bouteilles, charger le lave-vaisselle, la machine à café. Voilà plus de deux ans que je me suis réveillée et pourtant j'ai toujours l'impression d'être en stase, en hibernation profonde, là dans mon cœur et mon esprit. Mon corps va bien. Il mange, boit, travaille, respire, a envie de baiser. Ma tête, c'est une autre histoire. Je suis morte en 2041, du moins c'est ce qu'on cru les médecins. J'ai été maintenue un an dans un coma profond et qu'ils pensaient irréversible. C'est ce qu'ils m'ont dit. Puis un jour, le miracle s'est produit, en octobre 2042. Je suis revenue à la vie.

C'est ce qu'ils croient. Je ne sais pas, je ne sais plus ce qu'est la vie. Je vois ces gens, les clients, dont certains sont vraiment sympas et même mignons, rire, se saluer, échanger, se taquiner, ou même s'engueuler, bien que ce soit rare dans notre culture. Je lis les journaux, les faits divers, les crimes, les naissances, les décès, les joutes politiques, les potins people. Tout ça je le fais comme si j'étais derrière une glace sans tain. Je les vois vivre mais j'ai l'impression de ne plus exister à leur niveau de conscience. Oui, ils interagissent avec moi, du moins ils essaient, parce que l'être humain est naturellement grégaire, mais c'est chez moi que quelque chose cloche. Je réponds par un oui ou un non, un merci bonne journée inexpressifs. La politesse commerciale réduite à sa plus simple expression. Alors ce qu'ils prennent pour de la froideur, de l'indifférence, les fait fuir. Réaction normale d'humain basique de merde!

C'est une matinée comme les autres que j'enchaîne. Je recharge la machine à expressos en me demandant si c'est pire ici ou à Berlin où j'ai voulu retourner plusieurs fois pour affronter mes souvenirs en lambeaux. Est-ce que je me sens plus vivante ici ou là-bas ? Ici, parmi mes proches ou à Berlin où je suis morte ? Je ne ressens rien hormis cette faim de vivre et de me souvenir. Cette douleur permanente qui me tiraille. J'ai presque fini de verser le sac de café en grain dans le réservoir lorsqu'une voix grave et profonde parvient à mes oreilles. Je me fige, les mains crispées sur le sac vide et je ferme les yeux. Un flash me percute et m'étourdit. "Mademoiselle, hé, petite! Serre ma main si tu m'entends. Reste avec moi. Non ne ferme pas les yeux. Les secours arrivent! Tiens bon! Je suis là, je reste avec toi! Regarde-moi! Bordel de merde, regarde-moi !"

Cette voix frappe mon cœur et le fait battre plus vite, trop vite. Je respire un grand coup, me baisse pour jeter le sac vide dans la poubelle et je me retourne lentement. Qu'a-t-il dit, déjà ? Je me retrouve face à un colosse basané aux cheveux longs et aux yeux noirs qui me fixe d'un air grave. Il porte des piercings et des tatouages en partie visibles sur ses bras. Ni jeune, ni vieux, pas la trentaine. Il a un genre, son genre, pas forcément celui qui me plait. Un peu trop ostentatoire de virilité. Quand je le dévisage, il tourne la tête vers la devanture comme s'il s'intéressait au va et vient des passants. Je répète bêtement:

- Bien serré. Je vous sers ça tout de suite!

Et je me tourne à nouveau vers la machine pour préparer sa commande. Pendant que l'expresso se fait, mille sensations m'envahissent que j'ai du mal à expliquer, à comprendre. Cette urgence à le retenir au comptoir par exemple. L'envie de connaître son nom, d'entamer une conversation. Est-ce que je vais y arriver ? Je me retourne, la tasse en main. J'y ajoute le sucre emballé, la cuillère et le gâteau prédictif.

- Vous voulez un autre sucre ? Autre chose ? Une pâtisserie ?

Je pose la tasse et sa soucoupe devant lui et esquisse un sourire. Une première.

- Touriste ? Vous êtes arrivé depuis quand ?


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Lorsqu'elle se retourna enfin pour déposer la tasse devant moi, je ressentis un sérieux coup de chaud, une sensation inexplicable de chaleur qui envahit mes poumons au point que j'eus l'impression que le souffle allait me manquer. Tout devint flou autour de moi et pour un peu je me serais presque raccroché au bar pour ne pas tomber de mon tabouret. Si je m'étais préparé mentalement à cette confrontation, des centaines de fois, j'étais loin d'imaginer ce que je ressentirais en la voyant là, devant moi, bien vivante. C'était bien la même. Et pourtant différente. Elle n'avait pas la même coiffure, le même maquillage. Son nouveau look lui allait bien. Elle était très jolie. Mais ce qui n'avait pas changé et que j'aurais reconnu entre mille, c'était sa voix, même si je ne l'avais jamais entendue autrement qu'au téléphone, une seule fois, quand j'avais pris rendez-vous pour mon tatouage, à Berlin, quelques années auparavant ...

Jamais plus, avant aujourd'hui, je n'avais entendu le timbre de sa voix. Elle était morte dans mes bras, la bouche pleine de sang, dans un souffle, sans le moindre cri. Cette voix, avec ce petit accent bizarre, s'était gravé dans ma mémoire. Et aujourd'hui je la reconnaissais, tout en moi la reconnaissait. Et j'en étais bouleversé à un point que je n'aurais jamais pu anticiper. Je serrai les poings en me remémorant ses derniers instants, en me souvenant des boniments de Subashei, de ses menaces au sujet de mes proches, parents, amis, et d'elle, Mai-Lin. J'osais à peine la regarder à présent, moi qui craignait de trop la dévisager quelques minutes auparavant. Elle était bien réelle mais je ne la voyais encore que comme un mirage fragile prêt à s'évanouir au moindre souffle de vent.

Mai-Lin, tu vas devoir m'aider à te sauver. Tu dois réussir, tu dois arriver à vivre. Je vais t'y aider. Je suis là pour ça, je suis là pour toi. Je ne les laisserai pas te prendre. Je me détachai lentement du mouvement des passants dans la rue pour la fixer à nouveau.

- Merci. Non, je le prends toujours sans sucre. Le petit gâteau prédictif suffira. Répondis-je la gorge serrée.

Je portai la tasse à mes lèvres et bus une gorgée du liquide brûlant et corsé avec un plaisir bien réel. Bon sang que j'en avais besoin de ce café.

- Pas vraiment touriste. Je suis là pour le travail.

Je sortis mon paquet de cigarettes de ma poche de devant et le montrai pour demander la permission. Elle hocha la tête négativement en me désignant un panneau accroché au dessus du bar. Je regardai dans la salle qui était encore presque vide.

- Bien sûr, je comprends. J'irai m'en griller une dehors après le café. Puis j'ajoutai avec un air désolé. Je parie que vous ne fumez pas, vous. Vous avez bien raison, la vie est précieuse.

Je descendis la fin de ma tasse et la reposai sur la soucoupe.

- Vous m'en mettez un autre, s'il vous  plait ? Et, vous, vous vivez ici ? Vous travaillez depuis longtemps dans ce bar ?

C'était la seule façon que j'avais trouvé de rester plus longtemps et de poursuivre la conversation. Je savais qu'en devenant trop curieux, trop bavard, je risquais de l'effrayer, de faire tout foirer. Je devais avancer avec prudence et patience, deux qualités dont je manquais cruellement. Pour elle, j'y arriverai. C'était notre seule chance de rester en vie.

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Mai-Lin Asheito
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Sa voix grave me bouleverse. Tout dans son attitude et dans son physique me trouble, au point que j'en frissonne. Je hoche bêtement la tête en l'écoutant. Il est du genre concis. Le genre de mec pour qui chaque mot vaut son pensant d'or. Une sorte d'apaisement m'envahit, et c'est presque une joie. Je le regarde, ça me suffit presque. Pourtant je suis curieuse et ses réponses aussi brèves soient-elles sont précieuses pour moi. Pourquoi ? Je ne saurai le dire. Ici à Hong Kong, c'est plutôt calme. Dans ce bar, les clients sont des habitués qui gardent une distance respectueuse. A Berlin, c'est différent. Il me tarde d'y retourner. Là-bas, les échanges ne sont pas aussi policés, pas aseptisés et ça me va mieux. Ce type me fait l'effet d'être un extra-terrestre dans ce décor. Je détaille sa peau mate, ses piercings aux sourcils. Ses longs cheveux noirs retenus en arrière par un bandana, sa barbe soigneusement taillée, ses bras aux muscles saillants. Des bras dans lesquels on doit se sentir protégé. Ça pourrait passer pour un intérêt attractif. Est-ce que c'en est un ?

Je me marre intérieurement en pensant à la réaction de ma famille si je ramenais un type comme lui pour leur présenter. L'idée m'amuse et me distrait de mon véritable trouble. En dix minutes, il a grillé tous les codes, transgressé tous les interdits codifiés de notre mode de vie, brûlé tous les feux rouges. Il passe d'une allusion au gâteau prédictif à son envie de fumer. Il se condamne presque spontanément au sujet de son tabagisme. C'est étrange d'entendre ce grand gaillard, cette force de la nature parler de la vie comme si c'était une chose fragile. Croit-il que je le juge? Je m'en garderai bien. C'est vrai que je ne fume pas, ne bois pas,  ni ne souffre d'aucune addiction à toute forme de drogues. Je n'en ai pas besoin pour planer, entre les visions, les hallucinations et les cauchemars, j'ai mon compte. Peut-être que lui chasse ses fantômes de cette manière. Moi j'ai vite compris que les miens ne partiraient pas avec de telles béquilles, qu'au contraire cela ne pourrait que les rendre plus présents.

Ses yeux sombres s'égarent d'un point à un autre de la salle sans se poser vraiment sur moi. Ça me déstabilise beaucoup et pourtant ce n'est pas dans nos habitudes de fixer avec insistance les personnes avec qui nous discutons. Mais les Européens le font. Pas lui. Pourquoi? Est-ce que cela vient de son caractère ou est-ce que je l'embarrasse ? Il répond avec politesse à mes questions qui doivent lui paraître convenues et ses réponses me laissent sur ma faim. Il ne se prive pas, en revanche de poser les siennes de façon plus intrusive. Si tout autre client m'avait posé de telles questions, je l'aurais envoyé se faire foutre plus ou moins gentiment. Mais venant de lui, ça me paraît presque naturel. Et c'est tout aussi naturellement que je réponds tout en lui préparant le second café qu'il a commandé.

- Je travaille ici depuis six mois environ. Mais j'ai fait des break. Je mets de l'argent de côté pour partir en voyage. J'aime beaucoup l'Europe et je me rends souvent à Berlin. Mais j'aimerai bien visiter aussi d'autres pays.


Je suis bêtement contente qu'il veuille un autre café, qu'il diffère même sa pause clope pour ça. Je devrais me sentir énervée de redouter cet instant où il va se lever pour aller s'en griller une comme il dit. De redouter qu'une fois finie et écrasée, il tourne les talons et disparaisse au coin de la rue. Mais je ne me sens pas énervée, juste désemparée, comme impuissante à le retenir. Et pourquoi je veux le retenir ? Pourquoi cette boule au ventre et cette envie qu'il prononce encore des mots, même pour commander un troisième café, juste pour entendre cette voix profonde et chaude, avec ce léger accent bizarre qui me bouleverse ? En posant la tasse à nouveau pleine, je me lance.

- Et vous, vous faites quoi comme boulot ? Vous êtes là pour longtemps ?


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Tout en me préparant mon second café, elle répondait sans défiance apparente à mes questions et je commençais à ressentir une vague culpabilité à lui cacher la vraie raison de ma présence dans son bar. Visiblement, elle n'avait aucun souvenir de moi. Cela n'avait rien de surprenant considérant le traumatisme qu'elle avait subi. J'arrivais à peine à croire qu'elle y avait vraiment survécu. Sans pouvoir m'en empêcher, je cherchais une cicatrice sur son front là où la balle était entrée. Il n'y avait pas la moindre trace visible mais j'avais entendu parler des prouesses de la chirurgie réparatrice et je voyais Kashee se maquiller tous les jours pour cacher ses points noirs et autres. Mai-Lin avait un sacré point noir dans sa vie. Elle était morte, ou du moins elle aurait dû l'être. Je répondis à ses mots sans avoir à mentir au sujet de Berlin et quelque part cela me redonna du courage.

- J'adore cette ville ... l'énergie qui s'en dégage. C'est comme si tous les génies fous de l'art s'y étaient donné rendez-vous ! Vous comptez vous y installer ? Vous serez loin de chez vous, non ?

J'étais à la fois intrigué et mal à l'aise à l'idée qu'elle aime retourner dans la ville où elle avait failli mourir. Mais si elle ne se souvenait pas de moi, peut-être avait-elle oublié simplement cette partie de sa vie. Quelque part, je le lui souhaitais.

Elle posa une seconde tasse de café à côté de l'autre et je souris en débitant un truc débile.

- Pourquoi vous n'avez pas réutilisé la même tasse ? Ça va vous donner du travail en plus.

Je tiquai à sa question même si je pouvais y répondre sans vraiment mentir, juste en faisant une omission. C'était quand même une forme de mensonge à mes yeux. J'hésitai avant de répondre, me dandinant sur mon tabouret.

- Hmmm je suis musicien. Je suis juste de passage. Mon groupe et moi, on s'envole pour Tokyo ce soir.

Je tournai ma cuillère inutilement dans un café que je ne sucrais pas mais je continuais bêtement à le faire en la fixant d'un air désolé. Oui je m'en allais ce soir pour une série de concerts au Japon et pour la première fois de ma vie j'aurais voulu recevoir un coup de téléphone m'annonçant que les premières dates étaient annulées ou reportées. Elle me regardait avec cet air indéfinissable mais pas méprisant contrairement à bien des filles. Pour la plupart d'entre elles, je passais pour la brute de service, sauf pour certaines fans qui aimaient ça. Mais dans son regard il n'y avait aucun mépris, aucune méchanceté. Juste un étonnement que je ne m'expliquais pas.

- On fait du heavy metal, je sais pas si vous voyez ce que c'est ... Des guitares, du rock, du gros son, de la vitesse, de la puissance... Tout ça quoi.


Mes mains mimèrent comme souvent ce que je faisais derrière mes fûts et sans le vouloir ma maladresse fit que ma main effleura la sienne qui ramassait la tasse vide. Le contact induisit une réaction étrange chez moi, mais pas inhabituelle. Je retirai vivement ma main et renversai la tasse pleine au passage. Sur mon jean. Outre la sensation de douleur occasionnée par le liquide brûlant, la gêne face au constat que j'étais vraiment un gros lourdingue me fit me lever comme un ressort du tabouret.

- Putain mais quel con ! Je suis désolé vraiment ... je

Je hochai la tête totalement contrit et sortis un billet pour régler mes cafés.

- Bon, je crois qu'il faut vraiment que j'aille me griller une histoire de me calmer après ça. Et puis ça m'évitera de faire d'autres bêtises dans votre établissement. Encore désolé. Ajoutai-je en contemplant la flaque de café à mes pieds et la tasse brisée. Gardez la monnaie en pourboire.

Puis je sortis du bar sans me retourner, m'assis les jambes tremblantes sur le bord du trottoir et m'allumai une clope en me maudissant intérieurement.

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La conversation prend  une tournure des plus intéressantes quand il m'avoue adorer Berlin, et son ambiance et que je comprends qu'il en a une vision très proche de la mienne. Je me mords la lèvre, toute excitée à l'idée de partager avec lui des souvenirs de nos passages dans cette cité hors du commun. Mais il ne semble pas tenir à embrayer sur ce sujet et revient à quelque chose de plus prosaïque bien que touchant. Je bredouille:

- Ben c'est mon travail, mais vous avez raison, c'est pas très écolo. Malheureusement, on a des normes d'hygiène drastiques à respecter et le patron est très à cheval là-dessus.

Son attitude me met un doute, car je le sens mal à l'aise. Est-ce que j'ai dit quelque chose qui lui a déplu, l'a vexé ? Ce n'était pourtant pas mon intention, bien au contraire. Il est rare que je tombe sur un client aussi intéressant et ... hors du commun. Je l'écoute avec plaisir, il y a comme une sorte de connivence entre nous. J'aime entendre le son de sa voix, observer son visage typé et que je trouve captivant et quand il s'anime pour me parler de son métier, je suis totalement sous le charme.

- Ohh! Pour Tokyo ! La classe, vous devez être assez connus pour jouer aussi loin de votre pays. Vous êtes originaire d'où ? Amérique du sud non, ou Espagne ?
Dis-je en admirant sans vergogne sa magnifique chevelure brune qui boucle sous son bandana.

Si au début, je ris un peu discrètement de le voir touiller frénétiquement son café sans sucre, un signe que j’interprète, peut-être à tord, comme une sorte de trouble face à moi, je suis encore plus fascinée de voir ses mains s'animer sur le comptoir quand il m'explique la musique de son groupe, et tellement enthousiasmée que ce soit du heavy metal. De tous les rocks que j'aime, comme musique, c'est le genre qui a ma prédilection. Il y a un côté cash et viscéral dans cette musique que je ne retrouve que dans le punk, le bat-cave ou la cold wave qui ont précisément bercé Berlin dans l'âge d'or. D'ailleurs, je suis admirative des tatouages que je lis sur ses bras. J'aurais pu les faire, c'est ma passion. Et ça lui correspond tellement bien, quand je le vois, les yeux brillants m'expliquer, me mimer ce qu'il vit sur scène. J’avance ma main pour ramasser sa première tasse vide, de peur qu'elle vole sous l'enthousiasme de ses gestes mais nos deux peaux entrent en contact et quelque chose d'étrange se produit, comme un picotement, une brûlure.

Une mini catastrophe s'en suit et il se renverse son café brûlant sur lui. Il s'attribue toute la responsabilité de l’incident alors qu'il a dû sentir passer la douleur du café brûlant sur sa cuisse. Je trouve ça noble et un peu bizarre mais il n'est pas un client ordinaire, ça je l'ai bien compris. En revanche, ce que je ne comprends pas c'est son départ précipité tandis qu'il me tend un gros billet pour régler deux cafés, en me disant que je dois garder la différence comme pourboire.Peut-être que le manque de nicotine pourrait expliquer sa nervosité soudaine, mais est-ce bien tout ? Je suis désemparée en le voyant franchir le seuil de l'établissement. Mais ma collègue Shu-Lei arrive à point nommé pour prendre ma relève et je lui indique que je prends ma pause. Elle proteste en voyant le café répandu au pied du tabouret. Je fais l'appoint sur le billet du musicien et j'en tend une partie à ma collègue.

- Tiens on partage le pourboire. Un client un peu en vrac, je suis désolée. Je dois tirer ça au clair.

Elle obtempère en glissant sa part dans son tablier.

- Ok, pas de souci, je vais nettoyer avant que le patron arrive.

Je pousse la porte du bar et je le vois, avec soulagement, assis sur le bord du trottoir en train de tirer nerveusement sur sa clope. Je l'observe d'abord en silence puis je lui prends sa clope des mains. Tout à fait le genre de la Mai-Lin qui va crapahuter à Berlin, un peu moins celui de la fille soumise que papa et maman voudraient avoir, que le patron du bar pense avoir comme employée.

- Il s'est passé quoi ? Pourquoi vous êtes parti en vous accusant de tous les torts ? J'ai été maladroite, là où ne fallait pas, au mauvais moment, c'est tout. Vous n'y êtes pour rien.


Il regarde le bout de ses new rocks et ferme les yeux. Je vois ses narines se pincer, comme s'il bloquait sa respiration. Bordel qu'est-ce qu'il y a ? C'est comme si je lui faisais mal par ma seule présence assise à côté de lui.

- Vous savez, c'est pas très propre un bord de trottoir. Et si vous rentriez dans le bar que je puisse nettoyer votre jean ? J'ai fini ma demi journée, je reprends qu'en après-midi ... Et je suis off ce soir. Je pourrai vous offrir un verre pour me faire pardonner ? Avant votre vol pour Tokyo... Il est à quelle heure ?


Je viens de transgresser à peu près tous les critères d'éducation d'une parfaite fille ayant bénéficié d'une bonne éducation chinoise. Je m'en moque totalement. Il n'y a que ce mec que je sens malheureux et je sais, sans pouvoir l'expliquer, que j'en suis en grande partie responsable. Je ne peux pas le laisser partir comme ça.


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Olve Borg
You saved her life, then you become her guardian angel
part II
Probing a voiceless void
Searching for a closure
Poisoned tentacles from the past
Are tumbling, fumbling, closer

Mood set
On full scale regret
Peaking an all-time low
Distorted patterns
No sight with this lantern
But a bleak recollection
Of something undone

A banished, vanished presence
Of the unspeakable secretive kind
The uttermost shame is its essence
The septic transforms the shell-shocked and blind
A nightmare released
A terrible disease
Lurking behind a thin wall of sleep
The jail-bars of a stigmatized keep

Across the crumbling layers
A tricky haze of control
Beyond matter
The untouchable scatter
The cracks are beginning to show

Small gaps out of time
With riddles entwined
Looking over my shoulder
For some kind of cover
All I can find
To bring peace of mind

Is that this bloodstained route
Will carry the strangest of fruits
Not to turn away tainted
But look into the deep and weep
Hibernation Sickness Complete
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Cette prise de contact avec Mai-Lin était un semi-échec pour moi. Bien sûr, elle ne s'était pas montrée hostile et j'avais pu discuter un peu avec elle. J'avais constaté que les dires de cet enfoiré de Subashei étaient en partie vrais. Elle semblait mener une vie assez agréable et avait des projets. Elle était bel et bien vivante, en dépit de tout ce que j'avais pu croire après avoir assisté à son agression. Mais elle ne semblait garder aucun souvenir de celle-ci, ce qui pouvait s'expliquer, selon ce scientifique de mes deux, par un traumatisme qui aurait effacé de sa mémoire les faits les plus violents. Je devais reconnaître que cela se tenait, mais ce que j'avais eu sous les yeux à l'issue de ma rencontre avec le doc me laissait un gros sentiment de malaise. Et surtout son fichu contrat qui m'obligeait à veiller sur elle depuis.

Indépendant et solitaire moi-même, j'avais du mal à me mettre dans la peau d'un type qui suivait quelqu'un à la trace et l'épiait dans tous ses faits et geste. Parfois de loin, certes, à distance, mais parfois de près en s’immisçant dans son quotidien, comme aujourd’hui. Cela aurait sans doute été plus simple si elle m'avait été indifférente, si je ne l'avais pas trouvée si attachante, touchante. Tellement jolie, aussi, et humaine. Peu de personnes se comportaient humainement avec moi. J'étais cette brute baraquée qui imposait la défiance plus que la sympathie et je ne faisais pas nécessairement l'effort pour que cette image change jusqu'à présent. Mais il y avait des moments de la vie où je regrettais de m'être enfermé dans ce rôle. Aujourd'hui en faisait partie. C'était ainsi que Mai-Lin me voyait sans doute après cette conversation et cette maladresse. Comment pourrais-je lui donner une raison, une envie de me revoir ?

J'étais en train de fumer ma clope, assis au bord du trottoir quand je sentis une présence à mes côtés. Une silhouette mince debout à côté de moi. J'amenai ma cigarette à ma bouche pour tirer une taffe mais elle me l'arracha des mains. Personne d'autre qu'elle ou Kashee n'aurait pu oser un tel geste sans dommage. Je ne pus retenir une exclamation.

- Hey!


Mais je ne rebellai pas davantage, un peu honteux de mes dernières bévues. Je préférais ne pas lever les yeux vers elle et même les fermer, de peur de trahir ce que je ressentais. Je m'attendais à une belle engueulade vu son caractère. Je pensais le mériter, bien plus qu'elle pourrait jamais imaginer. Ce qui suivit me stupéfia. Je n'eus pas droit à des reproches mais à des questions où perçaient l'inquiétude et l'envie de comprendre ce qui se passait dans ma tête. Pire, elle affirmait que les torts étaient de son côté. C'était pour le moins inattendu. Il était si rare que j'entende ce genre de propos, la plupart du temps on m'attribuait facilement la responsabilité de tous les désordres qui m'environnaient. Elle finit par s'asseoir à côté de moi dans son petit uniforme de serveuse qui était ultra court quand même, me dis-je en jetant un œil sur ses jambes repliées. Une pensée encore plus saugrenue me vint alors. "Les mecs en face, qui attendent pour traverser, y vont voir sa culotte". C'était assez débile comme préoccupation, mais cette idée me déplaisait.

- J'ai à peine senti la brûlure ... murmurai-je sans la regarder. Et puis ça me fera un souvenir.

Je ne puis réprimer un sourire à sa phrase au sujet de l'hygiène. Ce trottoir me paraissait bien plus propre que certains lieux où je m'étais vautré mais je me gardai bien d'exprimer cette objection. Il y avait certains aspects de ma vie, assez sombres, que je préférais lui laisser ignorer. Je saisis au vol sa proposition d'aller nettoyer mon pantalon dans le bar, en songeant qu'au moins ses dessus ne seraient plus exposés aux passants mais je restai sans voix à son invitation pour la fin de journée. Je me levai pourtant, et lui tendis la main pour l'aider à se relever.

-Allons sauver mon jean !

A présent debout à côté de moi, elle paraissait si fragile, si petite, et pourtant si forte. Indestructible. Malgré tout, mon envie de la protéger de tout, de ...  bien  autre chose que je ne comprenais pas vraiment, était bien réelle. Son visage levé vers le mien, elle souriait aussi. Un sourire à faire battre un cœur trop solitaire et bien d'autres.

- Mon vol est à 1h50


Je n'arrivais pas à la regarder. Je sentais mes mains trembler et se resserrer sur du vide. Avoir mes baguettes m'aurait apaisé, mais je ne les traînais quand même pas partout. Quelque chose clochait, mais je ne savais pas quoi. Ça aurait pu avoir un lien avec ma conscience, ce que je faisais sur ordre de Subashei. Mais je savais qu'il y avait autre chose qui faisait accélérer les battements de mon cœur. A cet instant, je compris que j'aurai donné cher pour l'avoir rencontrée dans d'autres circonstances et ne pas avoir à lui mentir aujourd'hui et tous les autres jours qu'il me serait donné d'être à ses côtés. Je la retins par la main lorsqu'elle voulut m'entraîner vers le bar.

- Et si je vous invitais plutôt à déjeuner au restaurant de mon hôtel après avoir changé de pantalon ? Laissez-moi me faire pardonner !

A ce moment, j'osai enfin la regarder et soutenir son regard. J'espérais qu'elle pourrait y lire ce que je ressentais. Après tout, ces cons de poètes avaient bien dit que les yeux étaient les fenêtres de l'âme.

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Mai-Lin Asheito
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The jail-bars of a stigmatized keep

Across the crumbling layers
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The cracks are beginning to show

Small gaps out of time
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Looking over my shoulder
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Je devrais me demander ce qu'il m'arrive pour courir après un client dans la rue et prendre ma pause pour m'asseoir à côté de lui sur un trottoir plein de microbes. Mais je n'ai pas envie de me poser ce genre de question. J'ai toujours fonctionné au feeling, ce qui rend dingues mes parents et la plupart de mes amis à Hong Kong. A Berlin tout est différent. Beaucoup de gens fonctionnent comme moi, à l'instinct. J'ai hâte d'y retourner et d'être au milieu de personnes qui sont vivantes, vraiment. Ce mec est vivant ! Tellement vivant que j'en sens les vibrations dans tout mon corps. C'est un géant, j'en prends conscience à présent qu'il se tient debout à côté de moi sur le trottoir. Un géant fragile et sensible, ça aussi je l'ai bien senti au fil de notre conversation.

Je souris tandis qu'il me propose de m'inviter au restaurant de son hôtel. En temps normal tous les voyants devraient s'allumer au rouge "attention, mec en train d'essayer de te pécho! "mais là, avec lui, j'en suis presque à espérer que c'est ça. Non pas que je meure de faim. Encore que ? C'est quand la dernière fois que j'ai baisé ? Lamentable ! Je ne me rappelle plus trop, mais ce qui est sûr, c'est que c'était à Berlin. Sa proposition est trop tentante, baise ou pas. Je fais un va et vient de regards entre le pub et lui, comme si mon avenir dépendait de mon choix. J'aime son regard brûlant comme la braise et en même temps timide comme s'il était lui-même effrayé de son audace. C'est vrai que ça pourrait passer pour le filet tendu par un mec en mal de cul exotique, de passage à Hong Kong et qui veut se payer une autochtone. Mais non ! Pas lui, parce que, même si ses questions étaient parfois bizarres et indiscrètes, il n'a pas déployé la panoplie du tchatcheur. Parfois il était même minimaliste dans ses réponses. Et si c'était une tactique pour me laisser sur ma faim ?

Une seule information a percuté dans mon cerveau chamboulé. Son avion est à 1h50. Autant dire dans pas si longtemps ! C'est tout moi ! Un type me plait et il doit s'envoler dans les heures qui viennent. Je ne sais même pas son nom et il ne connait pas le mien. Je sais quoi de lui ? Il aime les expressos bien serrés, sans sucre. Il joue dans un groupe de metal qui va donner un concert au Japon. Il aime Berlin. Il est timide, maladroit, n'arrête pas de présenter des excuses pour des choses dont il n'est pas responsable, et surtout, il est  ... incroyablement grand, sexy et j'aime sa putain de voix grave avec son accent anglais à couper au couteau.

- Votre jean serait mieux sauvé par la laverie de votre hôtel, c'est certain.

Il a attrapé ma main et je referme la mienne, mêlant mes doigts aux siens. Penchée au bord du trottoir, je hèle un taxi qui s'arrête devant nous. Je m'y engouffre en ôtant mon tablier de serveuse que je roule en boule dans le vide poche du taxi. Je le laisse donner le nom et l'adresse de son hôtel au conducteur. La voiture démarre et nous nous tenons toujours la main. Hong Kong défile derrière les vitres du taxi et je devrais lui commenter les curiosités de ma ville natale. Au lieu de cela, je ne fais que le dévorer des yeux. Je croise le regard interrogateur du conducteur dans le rétroviseur central et ne cille pas sous son air réprobateur. Je me penche sur l'épaule de mon metalleux géant et je lui glisse dans le creux de l'oereille.

- Au fait, je m'appelle Mai-Lin, Mai-Lin Asheito. Et toi, comment tu t'appelles ? Tu viens d'où ? Si tu me dis que tu es né à Berlin, j'aurai du mal à le croire vu ton accent. Amérique du Sud plutôt ?


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[flash-back, Hong Kong, JUNE 18, 2044] You saved her life, then you become her guardian angel part II(pv Mai-Lin)
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